Mon cher Michel, Permettez qu'un vieil écrivain, dont les excès furent souvent les compagnons fidèles, vous adresse aujourd'hui quelques mots de gratitude. J'ai appris que vous aviez consacré une partie de votre vie à lire mes ouvrages, à les aimer,...
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Mon cher Michel, Permettez qu'un vieil écrivain, dont les excès furent souvent les compagnons fidèles, vous adresse aujourd'hui quelques mots de gratitude. J'ai appris que vous aviez consacré une partie de votre vie à lire mes ouvrages, à les aimer, peut-être même à les défendre. Croyez bien que cette pensée me touche davantage que les honneurs dont les hommes parent parfois les morts. Mais puisque vous m'avez admiré, laissez-moi vous dire à mon tour combien c'est vous que j'’admire. J'ai passé mon existence à courir après mille chimères. J'ai abusé du travail comme d'autres abusent du vin. J'ai voulu écrire plus vite que le temps, vivre plus vite que mes forces, gagner plus d'argent que ma plume ne pouvait en produire. Je me suis consumé moi-même. J'ai brûlé ma vie à la flamme de mes ambitions. Vous, au contraire, avez su accomplir ce qui m'a toujours échappé : durer. Il faut une sagesse que je n'ai jamais possédée pour atteindre quatre-vingt-dix années en demeurant fidèle à soi-même.
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