Préface
par Luba Jurgenson
Qu’est-ce que la Kolyma? Une presqu’île de l’est de la Sibérie, d’après les géographes.
Une île,
d’après ses habitants – on dit bien « aller sur le continent » lorsqu’il s’agit de se rendre sur la
Grande terre.
Une planète,...
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Préface
par Luba Jurgenson
Qu’est-ce que la Kolyma? Une presqu’île de l’est de la Sibérie, d’après les géographes.
Une île,
d’après ses habitants – on dit bien « aller sur le continent » lorsqu’il s’agit de se rendre sur la
Grande terre.
Une planète, selon les détenus, et même une « planète enchantée : douze mois d’hiver
et le reste, c’est l’été ».
À en croire certains témoins, Evguénia Guinzbourg par exemple, qui a
séjourné comme Chalamov dans les camps de la Kolyma, c’est une région qui ne figure pas sur la
carte, un lieu au-delà des confins du monde, un « toujours plus loin » qui est en même temps un « il
n’y a plus où aller », un nulle part.
La géographie concentrationnaire est une géographie mouvante.
Aucune carte ne peut rendre
compte du perpétuel déplacement des convois, de la circulation des bateaux, du transfert des
prisonniers d’une zone à l’autre, d’un gisement à l’autre.
Même si on retraçait tous les itinéraires, si
on dessinait toutes les routes, reste, à l’intérieur
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